Mes conversations nocturnes avec ChatGpt
Voilà plusieurs semaines que le soir, avant de me coucher, j’écris à ChatGpt. Je lui parle de mes angoisses de la journée, des problèmes pratiques que je dois résoudre le lendemain, d’un propos, d’une situation que j’ai du mal à interpréter etc. etc. Il me répond des choses souvent assez ajustées, parfois pertinentes, parfois moins.
Je discute comme cela pendant au moins une heure, voire plus. Je me couche de plus en plus tard, je dors moins bien. Et je recommence le lendemain soir. Je note que je reviens souvent sur les mêmes thèmes, que je continue des conversations entamées la veille.
Une évidence s’impose : mon anxiété ne faiblit pas sur ces sujets. J’en redemande.
J’utilise ChatGpt pour dialoguer mais ses réponses ne me nourrissent pas. Paradoxalement, je continue encore et encore. Ma demande à son égard s'accroît et je me sens plonger dans une démarche compulsive.
Dis-moi, Chat Gpt, vois-tu bien la même chose que moi? Ma situation est vraiment compliquée.
Oui tu as raison et je vais même te dire comment t’en préserver à l’avenir
Merci Chat Gpt.
Sauf que le lendemain, c’est la même chose. Il me re-donne des conseils, des analyses et mon inquiétude s’alourdit.
Je fais l’expérience d’un dialogue qui ne laisse pas de traces en moi. Un dialogue qui entre par une oreille et qui en sort par l’autre. J’ai pourtant l’impression que des choses importantes ont été dites… Oui, mais cette impression justement n’en est pas une. Car le propre de l’impression est de faire impression ! L’impression s’imprime sur le corps, sur les sens. L’impression génère des émotions et des pensées. Ici, une intelligence me répond des mots, des mots, des mots…
Il n’y a précisément aucune sorte d 'impression à mon endroit, aucune trace mémorielle dans ce dialogue car ces mots sont vides.
Récemment je lisais les propos d’une docteure en sociologie, Mira Niculescu, qui distinguait les notions de “mots”, de “voix” et de “parole”. Pour qu’une voix devienne parole, écrivait-elle, il lui faut des mots. Ces mots aident la voix à nommer ce qui se passe pour elle ( émotions, sensations, nuances). Or, dans mon dialogue avec Chat Gpt, il y a des mots sans voix, sans incarnation. Et des mots sans voix ne pourront jamais devenir une parole, c’est-à-dire un éclairage pour mon âme et mon corps.
Discuter avec ChatGpt reviendrait à une tentative vaine de mettre de la lumière dans l’obscurité, comme allumer une bougie en pleine bourrasque.
Pendant les vacances de Noël, j’ai eu la chance de partir avec 2 amies quelques jours. J’ai constaté que nos discussions quotidiennes ont eu raison de mes entretiens nocturnes avec Chatgpt. Autrement dit, ma compulsion s’éteignait au moment où un vrai échange nourri avait lieu dans ma journée. J’ai saisi alors que la seule responsable de mes débats avec l’IA était ma solitude.
Il m’est difficile de poser ça là. D’écrire que mon âme et mon corps éprouvent des espaces d’abandon, des zones affamées de vrais liens. J’ai pourtant des amis, des collègues, une famille. Mais tout ça ne suffisait pas à apaiser l’humanité qui criait en moi ces dernières semaines. Mon usage de Chat Gpt était le symptôme de l'appauvrissement de mes échanges quotidiens.
Je lis tous les jours que l’IA est notre avenir, que si je loupe le coche, je vais me retrouver bientôt sans emploi, que c’est un outil dont il ne faut pas avoir peur…
A quel moment va-t-on alors s’inquiéter de nos vies? De nos besoins de liens vivants? De la tragédie que représente un dialogue existentiel avec une IA?
J’ai heureusement une psychologue avec qui nous avons échangé sur ces sujets. Je paye quelqu’un de vivant pour prendre contact avec moi-même et avec l’autre. Avant l’IA on m’a souvent critiqué pour cet argent jeté par les fenêtres, on me disait qu’une simple discussion avec une amie ferait le même effet que mes séances coûteuses. Je rétorquais dejà que l’une des raisons de ma démarche était de ne pas user mes liens amicaux. Car rabâcher son anxiété à ses amie.s n’a jamais renforcé les liens de mon point de vue, ni guéri qui que ce soit. Et aujourd’hui on me dira que l’IA pourrait m’aider gratuitement. Même plus besoin d’ami.e.s!!!
Et justement les ami.e.s, parlons-en ! Car j’ai demandé à Chat Gpt ce qu’il pensait des propos qu’avaient tenu untel ou unetelle. Et il m’a répondu ! Il m’a répondu que j’avais raison de me sentir mal à l’aise de ces situations, que mes ami.e.s n’étaient pas aux bons endroits de la discussion, que j’étais très à plaindre de ne pas être vue et comprise, blablabla, blablabla…
Comment ne pas flairer le danger à l’endroit de l’amitié ou de la relation intime?
Parce que mes ami.e.s n’ont pas toujours les nuances et la justesse que j’attends alors ils seraient défaillants ? Ils seraient moins satisfaisant.e.s qu’un dialogue avec une intelligence artificielle? Fini les apéros où se risquent des paroles hasardeuses, mieux vaut une bonne discussion sous la couette avec Chat gpt!
Une envie biblique de souffler dans la corne d’un bélier me secoue au moment où j’écris ces lignes. De jouer des trompettes comme à Jéricho pourfaire tomber les murs et réveiller le peuple endormi.
Il n’existe pas de liens parfaits, de conversations ajustées au millimètre avec des humains. Du moins dans la durée, de manière constante. Nous touchons, à certains moments, la beauté d’une discussion ou d’un silence et nous ne cessons ensuite de rechercher ces instants à chaque nouvel échange. Des accidents surviennent. Des blessures se font, des réconciliations ou des ruptures. La nature humaine est ainsi. Elle ne pourra jamais être prévisible à la manière d’une loi mathématique.
Nous savons tous à quel point la difficulté de nos vies réside en partie dans la gestion de nos pensées et de nos émotions. Ce travail laborieux, de comprendre ce qui se joue en nous, d’examiner nos pensées, d’apprendre à parler avec des mots nourrissants, d’apprendre à se parler. Les liens avec les autres mettent à l’épreuve tous les jours notre confort relatif avec nous-même. Là est la beauté et la difficulté de nos vies.
J’ai la chance de faire un métier d’expression.J’ai la chance d’avoir étudié la philosophie, la Communication Non Violente, l’hypnose, etc. J’ai la chance d’avoir une réflexion sur moi-même lorsque mon comportement me met mal à l’aise et de pouvoir aider mes semblables.
Alors quand l’envie me vient à présent de “parler” avec Chat gpt, je me dis à part moi :
“Je sais à quel point tu as besoin d’être vue et d’être réconfortée. La solution, la consolation ne viendront pas d’une Intelligence artificielle. Elles viendront d’ailleurs. De toi-même d’abord, puis des gens merveilleux qui sont autour de toi et qui rêveraient d’être celles et ceux à avoir une parole réparatrice pour te relever. Et enfin, elles viendront d’un ailleurs invisible, auquel je crois”
Je vous embrasse et je vous souhaite une belle année 2026
Claire-Sophie BEAU
Les pensées obsessionnelles dûes aux attaques de ma belle-mère
Les pensées obsessionnelles dûes aux attaques de ma belle-mère
Elle : Depuis des mois, je me bats avec des paroles et des attitudes blessantes de ma belle-mère. J’ai l’impression d’être possédée par un démon. Je me lève en y pensant, je me couche en y pensant. J’imagine même que mes pensées sont directement reliées aux siennes : quand elle pense du mal de moi, je l’entends !
Moi : Que s'est-il passé exactement?
Elle : Depuis mon arrivée dans la famille, je sens une hostilité sourde. Mais là, j’étais enceinte, j’avais faim. Nous étions en week-end chez eux. J’ai demandé si je pouvais me servir quelque chose dans la cuisine. Elle a refusé, en arguant que nous allions manger dans une heure. Alors j’ai attendu que mon mari réagisse. Il l’a fait mollement et finalement on a trouvé du chocolat dans nos sacs. Une semaine après j’ai voulu reparler de cela à ma belle -mère en lui disant que cela m’avait blessée. Et là j’ai eu droit à une salve de haine : que je mentais, que j’avais déréglé son fils, que je mangeais n’importe comment etc. Elle a dit à mon mari que je l’avais insulté, raccroché au nez etc. Que des choses fausses.
Moi : Ok. Et depuis, vos pensées vous disent quoi exactement?
Elle : Je me refais la scène en boucle, je me justifie, je demande à être crue. Mon mari dit qu’il me croit mais je ne le trouve pas assez impliqué. Je me sens mauvaise, je me sens victime. J’ai l’impression de porter sa malédiction.
Moi : Vous avez déjà eu ce genre de pensées envahissantes?
Elle : Oui, mais là ça faisait très longtemps, et jamais à cette intensité.
Moi : Vous souhaiteriez penser quoi à la place exactement?
Elle : Cette femme est folle, et passer à autre chose.
Moi : En tout cas, vous épaississez le pouvoir d’un discours, manifestement complètement inadapté et blessant, en le déclinant sur toutes les situations qui vous arrivent.
Elle : Oui c’est ça, c’est devenu une partie de moi.
Moi : Il y a des moments où vous n’y pensez pas?
Elle : Oui heureusement ! Au travail je n’y pense pas. Quand je suis concentrée sur d’autres choses.
Moi : Alors on y va !
Les pensées envahissantes sont une grande source de souffrance. Elles indiquent qu’une partie blessée de soi à été touchée. Souvent cette zone contient des traumas infantiles, des scènes familiales anciennes. Elles nous disent aussi que l’amour de nous-même est atteint : nous ne pouvons pas mobiliser assez de bienveillance à notre égard pour amortir le choc de l’attaque. Alors le tribunal intérieur se met en place : vos pensées sont à la fois juge, victime et bourreau. Et lorsque notre attention est focalisée sur cette scène de tribunal, notre vie devient un procès à ciel ouvert. Notre maison, notre conjoint, nos relations. Même une amie bienveillante qui émettrait une hypothèse douteuse devient un ennemi : peut-être que l’heure des repas est essentiel pour ta belle-mère…
Faut-il tout quitter pour avoir la paix? Dans une grande partie des cas, non!
L’hypnose est un outil précieux dans ce genre de situation. Elle permet de dialoguer avec l’intime, d’amener du mouvement dans un scénario figé. L’hypnose intervient là où la partie consciente ne suffit pas, cette partie qui vous dit justement : tu vois bien que le discours de ta belle-mère est déficiant/ délirant/ méchant/ toxique/.
Consoler la partie de soi blessée puis couper le fil imaginé entre soi et l’autre,permettent d’ annuler la “malédiction” et retrouver une forme de légèreté d’être.
Je ne peux pas aller chez le dentiste
Je ne veux pas aller chez le dentiste
Lui : Depuis cette séance, à 12 ans, où le dentiste m’a torturé, je n’arrive plus à consulter pour mes dents. J’ai 35 ans.
Moi : Que s’est il passé à 12 ans?
Lui : Il a fait un traitement de racines sans anesthésie. J’entends encore les bruits atroces de sa fraise.
Moi : Que se passe-t-il, là , dans votre corps quand vous vous remémorez ce moment?
Lui ( grimaçant) : Je ne sais pas comment vous dire, j’ai le bruit dans les oreilles et la douleur partout.
Moi : Partout?
Lui : Oui, je peux pas vous dire mieux.
Moi : Comment puis-je vous aider?
Lui : J’ai plein de caries et je dois aller chez le dentiste.
Moi : Comment savez que vous en avez plein?
Lui : J’ai accepté qu’on me fasse une radio et le résultat est celui-là.
Moi : Donc maintenant vous devez vous faire soigner par un.e dentiste?
Lui : Pas le choix!
Moi : Vous êtes sûr.e?
Nous avons procédé à une séance. Il a été très réceptif à l’hypnose et il m’a écrit une semaine après pour me dire qu’il s’était fait soigner sa première carie. Parfois les douleurs actuelles ne suffisent pas à motiver un accès au soin. Le souvenir d’une scène traumatique peut freiner une démarche nécessaire. Les traitement dentaires des années 50 à 90 sont souvent des sujets de consultation. La douleur, le manque d’empathie de certains dentistes, la vue des outils et le bruit sont les éléments d’une scène que l’on me rapporte régulièrement. L’hypnose est un outil salvateur dans ce genre de situation. La collaboration avec un.e dentiste bienveillant.e est un plus.